Afishianado™, notre périodique d’information et d’actualités, donne un aperçu des dernières tendances du secteur et des efforts engagés en faveur des produits de la mer durables.
Fondateur d’Organico Real Foods qui produit notamment la gamme de conserves de poisson Fish4Ever Charles Redfern s’attache à ce que son entreprise soit un exemple de bonne gestion. La durabilité, y compris ses considérations sociales, fait partie intégrante de l’activité de Charles et 70 % des gammes de produits Fish4Ever recevront la certification Marine Stewardship Council avant la fin 2009.
Quel est le produit de la mer que vous préférez ?
Cela dépend de la sauce et de mes envies. Je suis un peu accro à la saveur. Un jour, aux Maldives, j’ai mangé une sublime seiche sauce diable. Le premier plat terminé, j’en ai commandé un second ! Mais j’aime aussi les gambas et la délicatesse de la sole, un bon fish and chips, le maquereau au poivre, le hareng au vinaigre style balte sur une tranche de pain de seigle avec de la crème fraîche et le succès familial que connaît le délicieux mélange aigre-doux et relevé que je fais avec nos sardines Fish4Ever. Peu de gens au Royaume-Uni « comprennent » que l'on peut faire tout un tas de plats délicieux avec des aliments en conserve – c’est économique, cela se conserve plus longtemps et l’on évite les gâchis. Nous faisons aussi une excellente terrine Fish4Ever au maquereau et au poivre ou avec du hareng fumé.
Quel est le produit phare que vous proposez ?
Il s’agit d’une gamme de conserves de poisson. L’idée est de développer autant de lignes que possible. Nous avons du poisson en sauce, tous nos ingrédients qui proviennent de la terre sont biologiques et nous avons aussi beaucoup de produits simples – soit au naturel, soit à l'huile (bio). Nous faisons également des sardines, du thon (du germon, de l’albacore et de la bonite), des anchois, du maquereau, du saumon et du hareng. Ce sont sans aucun doute les produits les plus simples qui sont les plus demandés au Royaume-Uni. Certains demandent de l’eau de source dans nos produits, mais d’un point vue environnemental, à moins que l’usine ne dispose de sa propre eau de source, analysée et reconnue, trimballer de l'eau ici et là ne semble pas très logique. Nous programmons également de relancer une partie de notre gamme de produits en sauce, transformée en concept « solution repas » rapide et pratique, le tout accompagné d’une autre communication : 6 produits des mers d’Écosse certifiés Marine Stewardship Council.
Comment vous êtes-vous intéressé à la question des produits de la mer durables ?
Mon entreprise s’appelle Organico ; mes principaux clients, fournisseurs et concurrents sont tous dans le secteur du bio, et ce, depuis des années ; même ma banque est une banque durable et éthique. Cela aurait été inconcevable pour moi de faire un produit non durable. Nous ne sommes pas arrivés à la durabilité du fait que nous sommes une entreprise de poisson, mais plutôt le contraire. Toutefois, cela a été une véritable découverte de tenter de comprendre ces questions ; c’est le genre de domaine où plus on apprend, moins on en sait ! La durabilité du poisson est un sujet extrêmement complexe. Nous avons creusé en utilisant des rapports d’ONG et d’experts, des documents de travail de la FAO et d’autres sources faisant autorité ; un gros travail de recherche et pourtant, il ne nous faut couvrir qu'une poignée d’espèces.
Comment décririez-vous votre philosophie vis-à-vis de la préservation des océans ?
Nous faisons notre possible en tant qu’entreprise, sachant que nous incitons les clients à acheter un produit. Pour ce faire, il nous faut des consommateurs proactifs, prêts à payer un peu plus cher. Appelons un chat, un chat ; bien faire les choses a un coût. En fait, c’est en grande partie la raison pour laquelle les choses ont commencé à devenir non-durables : parce que ce type de produits n'a pas besoin de « facturer » les dommages ou les conséquences extérieures aux personnes ou à la planète. Nous rejetons catégoriquement ce type de raisonnement. Il ne devrait pas y avoir de message durable à vendre parce que tous les produits devraient de toute façon être durables. En termes économiques, les externalités doivent être internalisées – le pollueur paye, etc. Au final, c'est aux gouvernements qu'il appartient de bien faire les choses. C’est pourquoi j’ai tant d’admiration pour le travail que font les ONG, pour les campagnes qu'elles mènent inlassablement sur tant de sujets. Je soutiens entièrement l’idée des parcs marins que Greenpeace et la Marine Conservation Society du Royaume-Uni promeuvent. J’espère être un petit exemple de la manière dont il faut procéder, l’un des petits éléments d’un mouvement plus vaste. Nous proposons aux consommateurs une option durable, ainsi qu’une qualité offrant le meilleur goût possible en conserve, et ça, c'est une autre de nos passions – de bons aliments faits selon de bonnes méthodes ; nous sommes proches du mouvement de l’écogastronomie (slow food) et nous travaillons chaque fois davantage avec des fournisseurs artisanaux.
En quoi votre philosophie a-t-elle changé votre façon de travailler ?
Récemment, nous avons approfondi notre engagement avec le Marine Stewardship Council (MSC) afin d’obtenir une certification extérieure de notre durabilité. Avant la fin 2009, 70 % de nos gammes de produits seront certifiées MSC, même s'il faudra peut-être un peu plus de temps pour que le logo soit présent sur tous les emballages. Cela se fait en grande partie grâce à des pêcheries préexistantes auprès desquelles nous achetons et qui sont certifiées ou sur le point de le devenir, mais nous ajoutons également de nouvelles lignes à partir de pêcheries déjà certifiées MSC, comme notre nouveau saumon d’Alaska. Actuellement tout notre poisson est sauvage, mais si nous devions commencer à utiliser du poisson d’élevage, nous voudrions qu’il soit biologique.
Vos clients s’en sont-ils rendu compte ?
Parmi nos principaux clients, ceux qui achètent des produits biologiques et qui se rendent dans des magasins spécialisés qui travaillent sur l'origine des produits ont tendance à s’y connaître davantage et à se sentir plus impliqués ; certains sont même très friands d’informations. C’est le style de clients qui vous forcent à rester vigilant – avec des questions sur le vernis intérieur des boîtes de conserve, par exemple, etc. Sur un marché plus vaste, où nous commençons d’ailleurs à percer, les connaissances sont beaucoup moins répandues et il y a certainement un intérêt bien moindre. Pour vous dresser un parallèle historique, cela ressemble aux tests cosmétiques sur les animaux. Aujourd’hui, c’est devenu une préoccupation bien plus répandue que lorsque Body Shop en parlait pour la première fois, dans les années 1980. La durabilité du poisson a donc encore beaucoup de chemin à faire pour atteindre un tel niveau de prise de conscience – et ce malgré le fait qu’il y ait eu une multitude de gros titres sur la durabilité des océans.
Avez-vous le sentiment que la durabilité limite votre offre ?
Oui. Par exemple, les préoccupations liées à la durabilité sociale (nous soutenons les pêcheurs et acteurs locaux face aux bateaux industriels, nous tentons d’éviter les zones où se pratique très probablement de la pêche INN, nous évitons également les usines où le personnel est surexploité et sous-payé) viennent peser et s'ajouter aux préoccupations traditionnelles. Nous voulons aussi que nos produits de la terre soient cultivés selon des procédés biologiques, non seulement parce que nous sommes une entreprise biologique, mais aussi parce que l’agro-industrie, par ses écoulements polluants, a des conséquences néfastes sur les fleuves et les eaux littorales. C’est incontestable – et 90 % de la vie marine de la planète se situe dans ces eaux littorales – mais très peu de gens impliqués dans la durabilité des produits de la mer semblent l'avoir remarqué. Donc, nos trois grands critères de durabilité, « la terre, la mer et les humains », compliquent parfois beaucoup notre approvisionnement, et le rendent bien plus coûteux – ce qui complique évidemment sa vente !
Vos fournisseurs de produits de la mer vous ont-ils aidé à trouver du poisson pêché de façon durable ? Un peu les deux : nos fournisseurs et nous-même. Simplement en abordant le sujet de la durabilité, en insistant sur la question, en faisant des questionnaires, en demandant des justifications ou en recommandant la certification Marine Stewardship Council, nous contribuons à la durabilité – une goutte d’eau dans l’océan pour que la question de la durabilité devienne une question importante. Les pêcheurs peuvent être concernés ou non, mais ils ont besoin d’être soutenus sur le chemin de la durabilité ; par réflexe, on les accuse, mais ils ne font que répondre aux forces en action sur le marché. C’est tous ensemble qu’il nous faut changer ces forces.
Quelles tendances avez-vous observées au cours de ces 10 dernières années ?
Beaucoup d’articles paraissent désormais sur la santé et les produits de la mer, notamment, bien sûr, sur les acides gras oméga 3 ; des études de plus en plus étonnantes révèlent leurs bienfaits. J’observe qu’il a de plus en plus de questions liées à la durabilité et à la mondialisation croissante du commerce de la pêche. Enfin, le développement de l’aquaculture est peut-être la plus forte des tendances que j’ai pu observées et qu’il faut aussi traiter sous l’angle de la durabilité.
Que signifient l’Alliance Produits de la mer et le travail qu'elle entreprend pour vous/votre entreprise ? Je pense que l’idée même de l’Alliance Produits de la mer est géniale. J’apprécie énormément son rôle fédérateur, les conférences qu’elle organise et qui permettent de rencontrer d’autres professionnels. J’ai écrit un petit article dans notre magazine de commerce bio qui recommande le modèle de l’Alliance Produits de la mer à la communauté bio et même à toute personne ou organisation impliquée ou intéressé par la durabilité. Je pense qu’il est crucial de promouvoir une vision globale, de dire que tous ceux qui s'impliquent dans la durabilité s'accordent sur tel ou tel point, puis d'étendre le dialogue au reste du monde. Je me suis rendu compte qu’il existe de nombreux groupes qui oeuvrent pour la même cause ; ce serait bien de parler à l’unisson et de rassembler tous les points consensuels sous un même toit.
Le thon, peut-être le poisson en conserve le plus demandé, mais aussi le plus problématique, est un composant principal de la gamme Fish4Ever. La vidéo ci-dessous donne un aperçu de la pêche au thon aux Maldives, d’où Fish4Ever tire d’ailleurs sa bonite. Ce document illustre certaines des meilleures pratiques de pêche pour le thon que Charles utilise dans sa propre entreprise et qu’il aimerait convaincre d’autres entreprises d’adopter.