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Afishianado™, notre périodique d’information et d’actualités, donne un aperçu des dernières tendances du secteur et des efforts engagés en faveur des produits de la mer durables.
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Seafood Champion

AGLIA - Seafood Champion 2008

French fishing vessel (AGLIA)

Créée en 1988, l’Association du Grand Littoral Atlantique (AGLIA) est une association regroupant des comités régionaux, les professionnels de la pêche et des cultures marines des quatre régions de la grande façade Atlantique-Manche occidentale : Bretagne, Pays de la Loire, Poitou-Charentes et Aquitaine. L’objectif de l’AGLIA est de promouvoir les activités liées à la pêche et à l’aquaculture dans le golfe de Gascogne. Les études menées par l’AGLIA visent à pérenniser les activités de pêche et d’aquaculture, tout en protégeant les ressources et en répondant aux attentes des professionnels de la façon la plus opérationnelle possible. La contribution de l’AGLIA réside dans son approche interrégionale : unir l’ensemble des parties prenantes de la filière, afin de gagner en compréhension et finalement, entreprendre de meilleures actions.

Dans le golfe de Gascogne, la pêche à la langoustine (Nephrop norvegicus) se fait exclusivement au chalut de fond. Bien que les pêcheurs ciblent naturellement les langoustines (de 3 à 12 mois par an), ils capturent aussi d’autres espèces qui sont vitales à la durabilité économique de la filière, comme le merlu et la seiche.

250 pêcheurs de langoustine travaillent dans le golfe de Gascogne, du Finistère à l’île d’Oléron et les bateaux débarquent leurs prises dans une douzaine de ports sur près de 700 km de littoral.

En 2004, l’association a lancé un programme d’expertise pour impliquer davantage les professionnels dans la gestion du stock dont ils dépendent, en collaboration avec des scientifiques chargés de l’évaluation. En 2006, à la demande des professionnels, l’AGLIA a conçu un programme pour améliorer la sélectivité de la langoustine ; ce travail faisait suite à celui qui avait été mené en 2002-04 par le CNPMEM (Comité national des pêches maritimes et des élevages marins), sur la sélectivité inter-espèces (merlu-langoustine).

La situation actuelle résulte d’un engagement commun et permanent du CNPMEM, de l’AGLIA et surtout des représentants professionnels locaux et régionaux désireux d’améliorer les pratiques de pêche et leur réglementation depuis 2002.

Très concrètement, les études et les expériences menées en mer en 2003-2004 se sont traduites par l’obligation pour tous les navires d’utiliser des équipements spécifiques au merlu à partir de 2005 (un pré-requis obligatoire pour l’obtention d’un permis de pêche). De même, les essais entrepris en 2006-2007 ont été approuvés par les pêcheurs eux-mêmes lors de l’assemblée générale qui s’est tenue fin octobre 2007 et au cours de laquelle il a été décidé de rendre les équipements sélectifs pour langoustines obligatoires dès l’ouverture de la saison suivante.

Selon les estimations du projet et les résultats récents, cette mesure devrait sauver non moins de 14 millions de merlus juvéniles (< 27 cm) et 70 à 120 millions (en fonction de l’année) de langoustines immatures (< 9 cm) par an. Étant donné l’importance économique de cette espèce et la motivation authentique de sélectivité de la langoustine qui s’en est suivie, la préoccupation était de poursuivre l’amélioration de l’état de reconstitution de cette espèce.

Par l’achèvement des études menées, les professionnels ont démontré qu’ils sont capables d’être responsables quand il s’agit de décisions de gestion, et l’association a commencé à réfléchir à un étiquetage écologique. Cette marque permettra d’officialiser les engagements pris par les pêcheurs aux yeux des consommateurs.

Au départ, les pêcheurs ont souscrit au projet afin de préserver leurs droits de pêche (comme les quotas et les zones de pêche) qui étaient menacés de restrictions sévères par la Commission européenne. De fait, dans le contexte du plan d’urgence pour aider à la reconstitution des stocks de merlu (2001), la Commission souhaitait imposer des restrictions draconiennes aux pêcheurs de langoustines qui capturaient des merlus juvéniles dans leurs zones de pêche à la langoustine.

L’exemple de la pêche à la langoustine s’est diffusé peu à peu au niveau régional, national et maintenant, européen. La Commission européenne et le Parlement européen se sont servis de cette approche pour illustrer de manière plus pragmatique la future politique européenne sur la réduction des déchets. Une initiative similaire est actuellement en cours pour la pêche régionale à la crevette commune et un dossier est en examen pour la pêche en eaux profondes à l’Ouest de l’Écosse.

Chemin faisant, l’AGLIA a développé d’étroites relations avec des ONG, telles que WWF-France, et ces échanges se sont révélés très utiles. Ils ont contribué notamment aux changements amorcés dans l’industrie de la pêche.

La plupart des efforts en termes de communication et d’information ont été déployés à destination des pêcheurs pour que ce projet, qui s’étend sur une grande échelle géographique, devienne véritablement le leur.

Plus récemment, l’AGLIA a commencé à sensibiliser le public sur la valeur des résultats d’exploitation obtenus jusqu’à présent. Lors d’une manifestation organisée sur les quais de Seine, à Paris, en septembre 2007, Breizh sur Seine, les visiteurs ont été accueillis à bord de navires de pêche et 4 conférences ont présenté à 500 personnes les réussites accomplies par les professionnels. Une brochure d’information sur la langoustine à l’usage des consommateurs, décrivant les méthodes de gestion du stock, est actuellement en cours de conception.

Jadis, les pêcheurs vivaient quelque peu « cachés » en mer. En France, ils découvrent aujourd’hui qu’ils doivent rendre des comptes sur leurs méthodes de travail. Cette situation est l’occasion d’apporter un changement de perspective dans la façon de penser des professionnels, davantage par incitation que par coercition (comme c’était le cas jusqu’à présent avec les interdictions de pêche et autres réglementations). En retissant le lien entre les pêcheurs et les consommateurs par le biais du produit, les pêcheurs pourront être à nouveau fiers de leur travail et les consommateurs, le plaisir de savourer des produits de la mer.

Le défi réside dans le fait de prouver qu’il est possible d’impliquer les personnes concernées dans l’amélioration des pratiques plutôt que de laisser les experts, parfois peu conscients des réalités du terrain, décider à leur place. Cela requiert davantage d’énergie et de force de persuasion et ce, même si c’est évidemment plus gratifiant et s’il s’agit surtout d’une approche qui garantit la bonne exécution des nouvelles règles. Une règle bien comprise est plus facile à admettre et par conséquent, mieux appliquée ; en fin de compte, c’est plus efficace !

Le fait d’avoir été nommé Seafood Champion traduit un engagement sincère, au-delà de tout intérêt personnel direct, à contribuer aux mutations environnementales et sociales attendues de la part de la filière des produits de la mer au cours de ce siècle. C’est un moteur pour faire avancer, à notre échelle et avec nos moyens, le concept de la pêche responsable et durable.

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