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Afishianado™

Afishianado™ est le bulletin électronique de l’Alliance qui vous informe des dernières tendances du secteur, des études de marché et des efforts engagés en faveur des produits de la mer durables.

Afishianado, Mai 2011 - Marché des produits de la mer en Asie

Fondements d'un mouvement en faveur des produits aquatiques durables en Chine

La Chine est devenue le foyer du développement économique de la filière des produits aquatiques. L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) place la Chine au premier rang mondial des exportateurs de produits aquatiques, avec un volume d'exportation équivalent à 10,2 milliards USD. En outre, les Chinois consomment près de 26 kg de produits aquatiques par personne et par an, plus que n'importe quel autre peuple au monde. Mais la question est : quelle proportion de produits aquatiques consommés ou produits par la Chine est durable, et quel sera le moteur d'un mouvement en faveur de la durabilité dans ce pays ?

Par tradition, les Chinois achètent toujours du poisson frais et il n'y a encore que cinq ans, il était très rare de trouver des plats de poisson surgelés dans les épiceries chinoises. Toutefois, l'essor de la classe moyenne, très demandeuse de produits aquatiques, sous des formes de plus en plus variées de surcroît, est de bon augure pour les investissements sur ce nouveau marché de grande consommation qu'est la Chine. Parallèlement, la hausse du coût de la main d'œuvre et l'appréciation du yuan ont fait monter les coûts de transformation des produits aquatiques en Chine. Certaines sociétés regardent déjà du côté du Laos et du Vietnam pour déplacer leurs centres de fabrication. George Chamberlain, président de l'ONG The Global Aquaculture Alliance, a présenté, lors du Salon international des produits de la mer de Boston (International Boston Seafood Show) cette année, le résultat d'études montrant que d'ici fin 2011, la Chine cessera d'être un exportateur net de produits aquatiques pour devenir un importateur net.

En Amérique du Nord comme en Europe, les organisations non-gouvernementales ont joué un rôle capital dans le mouvement en faveur de la durabilité, faisant usage de diverses tactiques et stratégies, de connivence avec de grands acheteurs et des consommateurs notamment. Par exemple, certaines ONG se sont associées à des acheteurs pour former des partenariats avec un grand nombre de distributeurs et de sociétés de restauration au Canada, aux États-Unis et en Europe. De plus, dans ces pays, l'étiquetage mesurant la durabilité des produits aquatiques est apprécié des consommateurs. Cependant, les ONG en Chine ne jouissent pas de la même position au sein de la société, du même pouvoir et de la même marge de manœuvre que leurs homologues européennes ou nord-américaines et doivent faire face à des contrôles plus stricts de la part de l'État. Sachant que seule une poignée d'organisations non gouvernementales nationales ou internationales en Chine sont suffisamment compétentes, reconnues et influentes pour toucher les consommateurs et les entreprises de produits aquatiques, on peut s'interroger sur la capacité de la communauté non-gouvernementale à agir en faveur de la durabilité des produits aquatiques dans ce pays.

Les acheteurs européens et nord-américains sont souvent considérés comme les acteurs les plus susceptibles d'influer sur les efforts de la Chine en matière de durabilité. L'exportation de produits aquatiques en Chine a pris de l'ampleur parce que le marché a su répondre aux exigences et aux besoins des acheteurs étrangers, tant sur le plan de la qualité que de l'efficacité. Néanmoins, la position de force occupée par les acheteurs étrangers semble avoir été mise à mal par la capacité croissante de la Chine à vendre ses produits à l'intérieur de ses frontières (où les exigences en matière de durabilité sont moindres). La Chine continuera longtemps d'exporter ses produits aquatiques en grande quantité, mais pour que ses efforts de préservation des ressources portent leurs fruits, elle devra rehausser ses exigences et ses normes en matière de durabilité.

Les consommateurs chinois constituent une autre force de changement. Les études montrent que lorsque les individus parviennent à sortir de la pauvreté, leur préoccupation pour des questions ne relevant pas de la survie quotidienne augmente. Entre 1990 et 2008, 800 millions de Chinois sont venus grossir les rangs de la classe moyenne. Après le scandale de la mélamine et autres incidents liés à des aliments contaminés, les consommateurs chinois ont pris conscience de l'importance que revêt la sécurité alimentaire. Mais rares sont ceux, dans cette nouvelle classe intermédiaire, qui se soucient de l'impact de leurs décisions d'achat sur l'environnement, et encore moins sur l'océan.

Enfin, le meilleur porte-drapeau de la durabilité des produits aquatiques en Chine pourrait bien être le gouvernement chinois lui-même. Dans un modèle économique où l'État est si étroitement lié au monde de l'entreprise, via les sociétés et les institutions financières publiques, les associations de producteurs et d'industriels de l'alimentation (dirigées par l'État), et les hauts fonctionnaires qui entretiennent des liens étroits avec les dirigeants des grandes entreprises de la filière, l'élaboration de politiques et de règlements en faveur de la gestion durable des pêcheries, assorties d'un programme de mise en œuvre contraignant, pourraient avoir un très large impact. Toute personne ayant déjà travaillé avec les Chinois pourra le confirmer, la première chose à faire pour parvenir à ses fins en Chine, c'est d'entretenir de bonnes relations avec le gouvernement.

Il va de soi que ce n'est pas un seul groupe d'intérêt, ou une seule stratégie d'influence qui fera progresser le mouvement en faveur de la durabilité des produits aquatiques en Chine. Il faudra compter sur l'alliance de toutes ces forces, mais aussi sur une bonne couverture médiatique et sur la recherche scientifique.

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Paralysie de la filière des produits aquatiques au Japon après le séisme et le tsunami

Le séisme puis le tsunami qui ont frappé le Japon le 11 mars 2011 ont coûté la vie à des milliers de personnes. Ils ont aussi été dévastateurs pour la filière japonaise des produits aquatiques. Le Japon était l'un des marchés les plus dynamiques du monde, les produits de la mer étant à la base de la gastronomie japonaise. Cette catastrophe a touché tous les maillons de la filière, de la production à l'import/export en passant par la transformation.

À l'épicentre du tremblement de terre, la ville de Sendaï, berceau des producteurs et des transformateurs de produits aquatiques, a été touchée de plein fouet. Véritable plaque tournante de la filière, la région hébergeait notamment toutes les installations nécessaires à la transformation, au stockage et à la distribution du lieu noir, de poissons plats et d'autres produits venant d'Alaska. Les usines de transformation de Sendaï recevaient des produits en provenance de pays aussi lointains que l'Inde ou les États-Unis.

La flotte de pêche et les exploitations aquacoles ont elles aussi été dévastées. En 2008, la production nationale du Japon s'élevait à 5,59 millions de tonnes, un chiffre conséquent. Le tsunami a détruit les navires et le matériel de pêche dans les villes du nord-est, comme à Kamaishi dans la préfecture d'Iwate. Sur les côtes du Japon se trouvaient non seulement des navires nippons mais aussi des navires étrangers pêchant dans les eaux japonaises. Certains de ces bateaux ne pourront pas être remplacés sans de lourds investissements. La préfecture d'Iwate vivait également d'une aquaculture florissante : ormeaux, oursins, huîtres, algues et pétoncles, ces espèces auraient toutes été détruites. Si certaines productions ont résisté, on est en droit de se demander dans quelle mesure les irradiations émanant de la centrale nucléaire de Fukushima toute proche ont pu contaminer le milieu marin et les produits aquatiques. Ainsi, la Russie a interrompu ses importations en provenance de plus de 200 usines japonaises, et l'Inde, la Grande-Bretagne, la Chine, Singapour et Hong Kong ont récemment interdit l'importation de certains produits aquatiques japonais, craignant un risque de contamination radioactive.

Le marché de l'importation a également été durement touché, les chaînes d'approvisionnement étant rompues et le commerce des produits aquatiques avec le Japon ayant quasiment cessé. Pour ne citer qu'un exemple, les exportations de l'Inde, qui représentaient 2 milliards USD, vont considérablement diminuer, puisque les exportateurs revendaient directement sur le marché de Sendaï certains produits comme la crevette, qui atteignent aujourd'hui des prix très élevés au Japon. Certes, les Japonais continueront de consommer des produits de la mer mais il faudra longtemps pour que les échanges commerciaux reprennent et que les entreprises se reconstruisent. Les producteurs du monde entier risquent de subir les conséquences de ce cataclysme pendant plusieurs années.

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Halte au prélèvement des ailerons de requin !

La soupe aux ailerons de requin fait partie depuis longtemps de la culture et de la cuisine chinoises. On la sert lors des grandes occasions, comme signe d'opulence et de respect, tant dans la sphère professionnelle que privée. Autrefois réservée aux élites de la société, cette tradition s'est démocratisée dans toute l'Asie avec l'essor des classes moyennes pouvant se permettre ce met onéreux. Si les Chinois restent les premiers consommateurs de soupe aux ailerons de requin, le plat devient monnaie courante dans les pays occidentaux. L'offre et la demande en Europe se sont considérablement accrues ces dernières décennies, le marché prenant de l'ampleur jusqu'à inclure l'Espagne et la France.

La demande d'ailerons de requin a donné naissance à une filière pesant plusieurs milliards de dollars et à la pratique du shark finning, qui consiste à capturer des requins, à prélever leur aileron puis à les rejeter à la mer où ils meurent. Les requins sont particulièrement vulnérables face à la surpêche, du fait de leur faible fécondité, de leur croissance lente, de leur maturité tardive et de leur longue espérance de vie.

En réponse à ce problème, un certain nombre d'États ont pris des mesures pour mieux protéger les requins. Les politiques dans ce domaine varient d'un pays à l'autre, de l'interdiction pure et dure du finning aux stratégies de conservation plus globales. Certains pays soutiennent les plus grandes et les plus influentes pêcheries d'ailerons de requins du monde, y compris les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Espagne, la Nouvelle-Zélande, l'Indonésie, l'Inde et le Brésil. Un homme politique chinois a récemment proposé que la Chine interdise le commerce des ailerons de requins, fait notable si l'on considère que la soupe aux ailerons de requin fait partie intégrante de la culture chinoise. Une étude publiée par Pew Environment Group et TRAFFIC conclue que parmi les 20 premiers pays pratiquant le shark-finning et représentant près de 80 % des prises de requins mondiales, seuls quelques-uns disposent de pêcheries bien gérées.

En 2010, Hawaï est devenu le premier État américain à bannir la vente, la distribution et la détention d'ailerons de requins. La même année, le Parlement européen a adopté une résolution demandant à la Commission européenne de modifier la réglementation relative à la protection des requins, notamment en interdisant l'ablation des ailerons en mer. Au début de l'année 2011, les États-Unis ont voté le Shark Conservation Act, qui impose de nouvelles restrictions à l'égard du finning dans les eaux nationales. Cette même année, les Îles Mariannes du Nord sont devenues le premier territoire américain à interdire formellement le commerce des ailerons, suivies de près par Guam. En février 2011, la Californie a proposé d'interdire elle aussi tout commerce d'ailerons de requins, alors qu'elle constitue le plus grand marché hors Asie pour ce produit.

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